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La Friperie au Cameroun : Entre Survie des Ménages et Déclin de l'Industrie Textile

Dernière mise à jours il y'a 5 mois

Le marché de la friperie, vibrant et omniprésent dans les rues des villes camerounaises, est bien plus qu'un phénomène de mode. Son analyse révèle une économie informelle puissante qui soutient des millions de ménages, tout en soulevant des questions essentielles sur l'avenir de l'industrie textile nationale. Son rôle devient d'autant plus manifeste à l'approche de la rentrée scolaire de septembre, où il répond à un besoin social immédiat et pressant.

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L'impact de la friperie sur le pouvoir d'achat des familles est indéniable. Avec des prix qui peuvent être jusqu'à 70 % inférieurs à ceux des vêtements neufs, ce marché permet aux ménages à faible revenu d'accéder à des vêtements de qualité. Son poids économique est important, générant un chiffre d'affaires annuel estimé à plus de 100 milliards de FCFA et faisant vivre plus de 200 000 personnes à travers le pays.                                                                                                                          À l'approche de la rentrée scolaire de septembre 2025, la friperie devient une solution vitale. Selon des enquêtes sur la consommation, plus de 60 % des familles modestes se tournent vers ce marché pour équiper leurs enfants. Pour un budget qui permettrait d'acheter un seul uniforme neuf, les parents peuvent acquérir plusieurs tenues complètes pour leurs enfants, incluant pantalons, jupes et chemises. Ce marché rend ainsi l'éducation plus accessible et permet d'alléger le fardeau financier de la rentrée, particulièrement lourd pour les foyers.

Si la friperie représente une bouffée d'air frais pour les consommateurs, elle est perçue comme un obstacle pour l'industrie textile camerounaise. L'afflux massif de vêtements usagés étouffe la production locale. En 2019, le Cameroun a dépensé 101,7 milliards de francs CFA pour l'importation de friperie et de matières textiles. Cela représente une augmentation de 6,4% par rapport à l'année précédente. Plus précisément, la friperie à elle seule a coûté 39,482 milliards de FCFA, pour un volume de 73 170 tonnes. En 2022, les importations de friperie ont diminué pour s'établir à 32,7 milliards de FCFA. Relevons que le nombre d'usines textiles formelles au Cameroun a chuté de près de 70 %, entraînant la disparition de plus de 10 000 emplois directs.

Les entreprises locales, déjà confrontées à des coûts de production élevés (électricité, matières premières, impôts), ont du mal à rivaliser avec les prix dérisoires de la friperie. Le faible coût de ces vêtements usagés, souvent importés de pays industrialisés où ils sont considérés comme des déchets, rend presque impossible la compétitivité pour les producteurs camerounais. Le marché de la friperie au Cameroun est l'exemple d'un paradoxe économique. D'une part, il répond à un besoin social et économique réel, surtout pour les populations les plus vulnérables. D'autre part, il représente un défi majeur pour l'industrialisation et la création d'emplois durables.

Pour sortir de ce dilemme, les politiques publiques pourraient s'orienter vers un équilibre. Il pourrait s'agir de soutenir l'industrie locale pour la création de niches de marché (comme la production d'uniformes scolaires de qualité à des prix abordables), tout en reconnaissant le rôle social de la friperie. Subventionner la production de textiles locaux pour réduire les coûts de production de 20 à 30 % pourrait permettre aux entreprises nationales de retrouver leur compétitivité et de regagner des parts de marché. Sans cela, le marché de la friperie, bien qu'essentiel pour la survie des ménages, continuera d'être un obstacle au développement de l'industrie nationale.

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bernardo carlos ndjomo
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