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Exploitation minière : Stop au désordre!

Dernière mise à jours il y'a 3 mois

Le Cameroun intensifie ses contrôles sur les exploitants miniers pour juguler les effets néfastes de l'extraction sur l'environnement et la sécurité des communautés. Une équipe interministérielle, incluant des représentants du Ministère des Mines, de celui de l'Environnement et de la Société nationale des mines (Sonamines), est actuellement déployée pour examiner la situation dans les zones de production aurifère, notamment dans l'Est et l'Adamaoua.

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L'objectif principal de cette descente sur le terrain est double : vérifier l'alignement des sociétés d'exploitation artisanale semi-mécanisée avec la réglementation en vigueur et mesurer la mise en œuvre des programmes de remise en état et de récupération des sites après la fin des opérations. Ce contrôle rigoureux répond à un contexte d'inquiétude grandissante face aux conséquences dramatiques de l'activité minière désordonnée.

L'exploitation minière au Cameroun, particulièrement celle de l'or dans la zone Est, laisse derrière elle un sillage de destruction et d'insécurité inacceptable. Les données recueillies par des organisations indépendantes, notamment FODER (Forêts et Développement rural), mettent en lumière l'urgence de la situation. Entre 2014 et 2024, le secteur a enregistré pas moins de 207 décès sur les chantiers artisanaux et semi-mécanisés. Ces tragédies sont principalement imputables aux effondrements de fosses mal sécurisées ou aux noyades dans les trous remplis d'eau. La localité de Batouri, à elle seule, concentre près de 29 % de ces drames.

 L'expansion des sites extractifs est délirante, avec une augmentation estimée à plus de 5 000 % des zones dédiées depuis 2010. Cette frénésie s'est traduite par la destruction de milliers d'hectares de couvert forestier et de terres agricoles vitales pour l'économie locale. L'une des conséquences les plus dommageables est l'abandon des excavations. En septembre 2021 déjà, un inventaire faisait état de 703 trous identifiés, dont 139 s'étaient transformés en lacs artificiels couvrant une surface totale de plus de 93 hectares. Ces eaux stagnantes sont fréquemment polluées par des résidus d'huiles usées et d'hydrocarbures, causant une dégradation chimique des sols et des cours d'eau environnants. C'est cette réalité d'un manque flagrant de responsabilité post-exploitation que l'initiative gouvernementale vise à endiguer.

La Sonamines et ses partenaires inspectent environ 140 sociétés réparties sur une dizaine d'arrondissements, de Ketté à Meïganga. Les contrôleurs examinent minutieusement plusieurs éléments cruciaux tels que les documents environnementaux, les plans de remise en état et la garantie financière. Cela permet la vérification de l'existence et de la validité des études d'impact environnemental et social (EIES), le contrôle de la crédibilité et du début d'application des plans de restauration et de fermeture des sites et la preuve du paiement de la caution environnementale requise (trois millions de FCFA par hectare) pour assurer la réhabilitation, même en cas de défaillance de l'opérateur. Ce processus de vérification s'appuie sur un arsenal réglementaire récent, notamment le décret de novembre 2024 encadrant les opérations minières. Ce texte renforce les exigences pour les exploitants artisanaux semi-mécanisés, imposant notamment que 51 % du capital soit détenu par des nationaux et subordonnant l'activité à un certificat de conformité environnementale. Cette campagne d'inspection prend également une dimension de gouvernance. Des sources proches de la Sonamines ont mis en évidence des irrégularités dans l'octroi d'autorisations récentes par le Ministère des Mines, sans passer par la Commission interministérielle compétente, ce qui compromet la transparence du secteur.

En croisant les informations budgétaires de la Sonamines (sociétés assujetties à l'ISML) et la liste des autorisations d'exploitation, l'État camerounais entend délivrer un message sans ambiguïté : l'enrichissement à court terme ne doit plus se faire au détriment du cadre de vie des populations et de l'héritage environnemental national. Les résultats de cette mission devraient aboutir à des mesures correctives fermes pour restaurer l'ordre dans ce secteur sensible.


Ndjomo Carlos

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