Transport de l'électricité : La piste des capitaux privés déblayée
Dernière mise à jours il y'a 3 moisLe gouvernement camerounais s’apprête à introduire une rupture majeure dans le secteur de l’énergie en ouvrant le transport d’électricité aux capitaux privés.
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Cette décision, stratégiquement ancrée dans le Compact énergétique national, est une réponse directe aux déficiences persistantes de la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel), dont le monopole rigide n’a pas permis de moderniser l’ossature du réseau. L’objectif est triple. Il s’agit en effet de stabiliser l’approvisionnement, renforcer la viabilité financière du système et, surtout, pouvoir évacuer la production des grands ouvrages hydroélectriques à venir tels que Nachtigal (420 MW), Kikot et Grand Eweng. Le Compact prévoit d'ailleurs la mobilisation de 12,5 milliards USD de financements additionnels d’ici à 2030, rendant l’attraction de fonds privés inéluctable.
Créée en 2018 pour dissocier le transport de la distribution, la Sonatrel peine à jouer son rôle de colonne vertébrale du système. Les indicateurs sont alarmants : selon le ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee), près de 30 % de la production nationale se perd dans les lignes, témoignant de la vétusté des infrastructures et d’un entretien insuffisant. Le réseau, qui totalise 3 405 km de lignes (dont 1 921 km en 225 kV), est saturé, particulièrement dans le Réseau Interconnecté Sud (RIS), où les coupures sont fréquentes. Ce manque de capacité financière et opérationnelle de l’entité publique freine des projets cruciaux. L'exemple du Projet d’interconnexion Cameroun–Tchad (PIRECT), destiné à exporter jusqu’à 100 MW vers N’Djamena, est emblématique : malgré son importance pour l'intégration régionale, il accuse un déficit de financement de 150 milliards FCFA, menaçant son calendrier initial. L'ouverture aux Partenariats Public-Privé (PPP) est donc perçue comme la seule voie pour desserrer l’étau budgétaire et accélérer les projets.
Bien que la Sonatrel dispose déjà d’un code du marché et d’un cadre tarifaire modernisé depuis 2019, le Minee reconnaît la nécessité de « renforcer le dispositif » pour offrir aux investisseurs un environnement clair et prévisible, notamment en matière de répartition des risques (change, recettes, modifications législatives). Les PPP exigeront des contrats de long terme, assortis de garanties solides, incluant des clauses de paiement de disponibilité, afin d'éviter que les partenaires privés ne demandent des primes de risque trop élevées qui alourdiraient le tarif final. L'assainissement de la trésorerie du secteur reste un impératif. La Banque mondiale a clairement averti que même un transport performant ne produira pas ses effets tant que les arriérés de l’État et des entités publiques envers le distributeur (Eneo) ne seront pas résorbés. Cette instabilité financière globale pèse lourdement sur la confiance des investisseurs. Les bailleurs de fonds continuent de classer les risques politiques, fiduciaires et environnementaux à des niveaux « élevé à substantiel ». La lenteur des procédures et la gestion perçue comme opaque des marchés publics dans le secteur de l'énergie restent des freins majeurs.
Cette réforme ambitieuse marque le passage d’un modèle étatique à un système hybride. Elle est complétée par la restructuration attendue du segment de distribution, prévue d’ici à fin 2026. La tâche est complexe : le Cameroun doit désormais convaincre que l’énergie électrique peut circuler sans subir de coupures, qu'elles soient d'ordre technique ou financier.
BCN
Floyd Miles
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