Suspension des importations de maïs: de la poudre aux yeux?
Dernière mise à jours il y'a 25 minutesEn préconisant la suspension immédiate des permis d'importation de maïs, le gouvernement camerounais s'engage dans l'arène de la souveraineté économique concrète. Mais derrière cette « mesure de sauvegarde », se cache un miroir grossissant des maux qui entravent encore l’émergence industrielle du pays.
Le paradoxe est saisissant : avec une production nationale franchissant la barre des 2,3 millions de tonnes, le marché intérieur reste pourtant fébrile face à une offre étrangère qui ne représente qu'une fraction marginale des volumes globaux. Si 72 000 tonnes importées suffisent à saturer les canaux de distribution et à décourager les investissements locaux, c’est que le mal est ailleurs. Il ne s’agit pas d’un déficit de quantité, mais d’une défaillance brutale de compétitivité.
La réalité des prix est une sentence implacable pour nos exploitants. Lorsque la tonne de maïs importée se négocie jusqu’à 100 000 FCFA de moins que le produit local, le choix des industriels de l’élevage relève de la survie économique plutôt que du manque de patriotisme. Ce fossé tarifaire est l’héritier direct de rendements agricoles anémiques. Stagner à moins de deux tonnes par hectare quand d'autres nations du continent en produisent le triple révèle l'obsolescence de nos méthodes culturales et la faiblesse de notre mécanisation.
La fermeture des frontières commerciales ne peut être une solution pérenne si elle ne s'accompagne pas d'une révolution des coûts de revient. L’enveloppe de 6 milliards de FCFA injectée via la Banque Camerounaise des PME est un premier levier, mais elle doit impérativement financer l’innovation et l’équipement plutôt que de simplement subventionner des pertes structurelles. L’enjeu est d’abaisser la charge d’exploitation à l’hectare pour que le « Made in Cameroon » cesse d'être un luxe protégé pour devenir un standard de marché.
L’import-substitution, telle qu’elle s’illustre aujourd'hui avec la filière maïs, est un exercice d’équilibriste. Protéger le producteur sans sacrifier l’éleveur ni le consommateur final demande plus qu’une simple signature administrative. Cela exige une mutation profonde de notre appareil productif. Si cette suspension des importations parvient à forcer la rencontre entre la finance et le champ, le pari sera gagné. Dans le cas contraire, nous n’aurons fait que différer une crise que seul le progrès technique saura véritablement résoudre.
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Bonne lecture!
EWC, DP
Floyd Miles
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