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Production de diamants : Le Cameroun franchit la barre de 15 000 carats en 2025

Dernière mise à jours il y'a 12 heures

La production de diamants a littéralement explosé, bondissant de 147 % en une seule année pour s'établir à 15 382,37 carats. C'est une performance remarquable pour une filière qui, il y a deux ans encore, semblait s'étioler dans les méandres de l'informel.

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Derrière cette prouesse extractive qui mobilise plus de 460 diamineurs sur 38 chantiers actifs, se cache un paradoxe économique cinglant. Tandis que les volumes s'envolent, les recettes officielles, elles, s'érodent, tombant à 110 millions de FCFA contre 120 millions l'exercice précédent. Le diamant camerounais, bien que plus abondant, semble se volatiliser avant même d'avoir pu nourrir la croissance nationale.

Cette hausse spectaculaire de 365 % sur deux ans ne doit rien au hasard du pic et de la pelle. Elle est le fruit d'une structuration plus agressive des circuits de collecte artisanale, particulièrement dans la région frontalière avec la Centrafrique. Le SNPPK, dont le budget 2026 vient d'être fixé à 1,68 milliard de FCFA, a intensifié son maillage territorial pour sortir les "pierres de sang" de l'ombre. Cependant, la réalité du terrain reste celle d'une exploitation exclusivement artisanale où la valeur ajoutée demeure le parent pauvre de l'activité. Malgré l'introduction du Code minier de 2023, qui positionne la Sonamines comme le gendarme et le mandataire exclusif de la commercialisation, le diamant camerounais souffre d'un déficit chronique de valorisation sur les bourses internationales légitimes.

Le véritable défi réside dans l'étanchéité des frontières économiques. Les autorités de Yaoundé ne s'en cachent plus : d'importantes cargaisons prennent encore la route de l'exil informel, avec Dubaï en ligne de mire. Cette fuite des capitaux, facilitée par des circuits de contrebande tenaces, prive l'État d'une manne précieuse alors même que le nouveau mécanisme de partage de production prévoit une part étatique allant jusqu'à 5 %. La stagnation des revenus fiscaux, malgré le franchissement du cap symbolique des 15 000 carats, souligne l'urgence d'une transition vers une exploitation semi-mécanisée et une traçabilité numérique infaillible. Le diamant n'est plus seulement une ressource géologique ; il est devenu un test de souveraineté pour la Sonamines.

Pour stabiliser cette filière "fuyante", le Cameroun mise désormais sur une réforme de sa fiscalité minière et une réduction des lenteurs administratives qui poussent les collecteurs vers le marché noir. L'enjeu est de transformer chaque carat produit dans les villages de l'Est en un levier de développement concret. À l'heure où le potentiel minier du pays reste largement sous-exploré, la performance de 2025 doit servir de catalyseur car, il ne suffit plus de produire davantage, il faut désormais capturer la richesse là où elle naît. La bataille pour le diamant camerounais ne se joue plus seulement au fond des puits artisanaux, mais sur les places boursières mondiales où la signature éthique et la valeur marchande du pays doivent enfin s'aligner.


Bernardo

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