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Notation financière : Le Gabon sous tension

Dernière mise à jours il y'a 4 semaine

Le diagnostic financier du Gabon vient de franchir un seuil de friction sur l'échiquier financier international. Ce 19 décembre 2025, l'agence de notation Fitch Ratings a acté une dégradation majeure de la qualité de signature du pays, abaissant la note souveraine de CCC à CCC-.

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Plus préoccupant encore, la notation en monnaie locale a chuté jusqu'au palier CC, un niveau qui signale une probabilité imminente de défaut de paiement. Ce désaveu intervient alors que Libreville a récemment réajusté son budget 2026 à environ 6 358 milliards de FCFA, une ambition que les experts jugent déconnectée des capacités réelles de mobilisation de fonds du pays.

La décision de Fitch repose sur une lecture sans concession de la trésorerie gabonaise. D'un côté, les dépenses publiques connaissent une expansion sans précédent, portée par des promesses de transition et des investissements massifs. De l'autre, les sources de financement se tarissent. L'accès au marché régional de la CEMAC, autrefois bouclée de sécurité, devient périlleux : les récentes adjudications de titres publics ont montré un désintérêt croissant des investisseurs, avec des taux de couverture tombant parfois sous la barre des 50 %. Cette crise de liquidité est aggravée par un isolement croissant vis-à-vis des bailleurs de fonds multilatéraux. L'agence estime qu'un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) est désormais improbable à court terme. En cause : une orientation budgétaire jugée trop expansionniste et une accumulation d'arriérés de paiement, dont certains s'élèvent déjà à environ 2 % du PIB, rendant la perspective de financements concessionnels très incertaine.

Les projections pour l'année 2026 dessinent un scénario de fragilité extrême. Faute de ressources suffisantes pour couvrir un déficit attendu à 6,1 % du PIB dès 2025, l'État gabonais risque de se financer par une accumulation systémique de dettes intérieures. Fitch prévoit que la dette publique franchira le cap des 80,4 % du PIB en 2025, pour s'approcher dangereusement des 85 % en 2026, puis 87 % à l'horizon 2027. Le poids des remboursements en monnaie locale devient particulièrement étouffant. En 2026, ces échéances représenteront environ 8 % du PIB, contre moins de 3 % pour la dette extérieure. Cette disproportion met sous une pression totale les banques régionales, augmentant le risque d'une instabilité bancaire au sein de la zone CEMAC si Libreville ne parvient pas à honorer ses engagements.

L'ambition gouvernementale d'augmenter les dépenses d'investissement de manière vertigineuse se heurte au principe de réalité économique. Fitch qualifie d'« irréalistes » les hypothèses de croissance (attendue à seulement 2,6 % contre les 7,9 % espérés par les autorités) et de recettes non pétrolières. Avec une production pétrolière dont le déclin structurel est à peine compensé par l'acquisition d'Assala Energy, le pays perd son principal filet de sécurité. Pour Libreville, l'heure n'est plus à l'expansion mais à la survie budgétaire. Sans un pivot immédiat vers une discipline fiscale rigoureuse et une résolution claire des impayés, le Gabon s'expose à une rupture de paiement qui redéfinirait totalement les équilibres économiques de la sous-région. La sanction de Fitch n'est pas qu'une note ; c'est un avertissement ultime adressé à un État dont le moteur de croissance semble s'essouffler face au poids de ses engagements.


Ndjomo Carlos

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