Actu Eco » Politiques Publiques

Médicaments : L’industrie locale suffoque

Dernière mise à jours il y'a 1 mois

Le tissu industriel pharmaceutique camerounais, composé d'une quinzaine d'unités de production, souffre d'un sous-emploi chronique qui limite sa part de marché à seulement 8 milliards de FCFA sur un marché dont la valeur peut atteindre 200 milliards. Malgré quelque 50 milliards de FCFA investis, ces usines ne tournent qu'à près de 20 % de leurs capacités installées.

Lire aussi : Taxe numérique : La réforme qui vaut son pesant d'or

Cette faible performance est le résultat d'un faisceau de contraintes structurelles. Les industriels pointent du doigt les coûts de production trop élevés, liés notamment à l'insuffisance ou à la vétusté des équipements. Surtout, ils dénoncent une fiscalité jugée « asphyxiante », laquelle réduit considérablement leur compétitivité-prix face aux importations massives qui représentent 95 % de l'offre. Ce phénomène crée un cercle vicieux qui empêche l'industrie de croître et de capter une part plus significative de la demande nationale.

La marginalisation du secteur formel local est aggravée par l'expansion fulgurante des circuits illicites de médicaments. À côté des flux d'importations régulières, la contrefaçon et la contrebande constituent un péril qui dépasse la seule dimension économique pour s'ancrer dans l'urgence de santé publique. Selon le ministère de la Santé publique, plus de 8,6 milliards de FCFA de médicaments falsifiés ont été saisis entre 2020 et 2024. Le ministre Manaouda Malachie a d'ailleurs appelé les professionnels à un engagement visible pour protéger la confiance des citoyens. La menace est réelle et mortelle : les médicaments de qualité inférieure ou falsifiés seraient à l'origine d'environ 500 000 décès par an en Afrique subsaharienne, selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Le secteur informel, avec une présence estimée entre 20 et 25 % du marché, met ainsi en danger la sécurité sanitaire du pays.

Pour créer un débouché régulier et sécuriser leur trésorerie, l'Association des industries du médicament (AIM) plaide pour l'intégration des producteurs locaux dans la commande publique. La proposition clé est de restructurer le système national d’approvisionnement (Syname) afin que la Cename (Centrale nationale d’approvisionnement) puisse réserver ses appels d'offres de médicaments génériques essentiels aux fabricants nationaux en fonction de leurs capacités.

Cependant, cette « domestication » de la commande publique, bien que vitale pour l'industrie, se heurte à un obstacle de taille car,  la Cename est régulièrement mise en cause pour des retards de paiement chroniques. Or, l'absence de règlements dans les délais compromet la trésorerie et le cycle d'exploitation des entreprises locales. Sans une amélioration durable des pratiques de décaissement de la part de l'État, le levier de la commande publique risque de rester inopérant, limitant la capacité du Cameroun à réduire sa dépendance aux importations et à assurer sa souveraineté sanitaire.

bernardo2
bernardo carlos ndjomo
35 0

Commentaire(s) du post

Nous sommes ravis que vous souhaitiez laisser un commentaire sur notre site. Pour nous aider à maintenir un environnement respectueux et constructif, nous vous invitons à fournir votre nom, prénom et adresse e-mail. Cela permettra également de créer une communauté engagée et authentique. Nous apprécions votre contribution et nous avons hâte de lire votre commentaire. Merci d'avance!

Africa First Club

Inscrivez vous à notre Newsletter

© Africa First Club. All Rights Reserved. Design by Brice eyebe