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Import-substitution : L'huile de palme joue sa partition

Dernière mise à jours il y'a 3 mois

Le Cameroun a récemment franchi une étape positive pour son équilibre commercial. En 2024, le pays est parvenu à diviser par deux le volume de ses importations d'huile de palme brute, engendrant une économie de plus de 58 milliards de FCFA sur sa facture extérieure. Cette performance, rendue possible par la relance de la production locale, constitue un signal encourageant pour l'objectif de souveraineté alimentaire.

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La réduction des importations est une nouvelle bienvenue, notamment en regard de l'évolution des flux commerciaux de ces dernières années. Entre 2017 et 2023, la dépendance du Cameroun à l'huile de palme étrangère s'était nettement accrue. Les chiffres compilés par l'Institut National de la Statistique (INS) révèlent en effet une multiplication par dix des importations sur cette période, passant de 12 600 tonnes (5,7 milliards FCFA) en 2017 à 122 500 tonnes (89,9 milliards FCFA) en 2023. Cette dynamique avait inversé le rôle historique du pays, transformé de fournisseur en importateur net, notamment face à des voisins comme le Gabon et la Côte d’Ivoire qui ont su consolider leur production.

Malgré cette amélioration sur le front des importations, la filière oléicole nationale reste confrontée à des contraintes de taille. D'une part, la production nationale d'huile de palme brute, qui a atteint 446 984 tonnes selon le Premier ministre Joseph Dion Ngute en décembre 2024, demeure insuffisante. Ce volume ne parvient pas à combler la demande locale des unités de raffinage et des ménages, évaluée à plus de 1,17 million de tonnes selon les sources de la filière. Un déficit conséquent persiste donc sur le marché. D'autre part, la filière a enregistré une baisse très marquée de ses exportations en 2024. Celles-ci ont chuté à 152 tonnes, pour une valeur de 57 millions de FCFA, marquant une diminution de 91 % en volume et 97,5 % en valeur par rapport à l'année précédente (1 688 tonnes et 2,232 milliards FCFA en 2023). Cette concentration sur le marché intérieur, bien que logique pour répondre à la demande locale, met en lumière la fragilité d'un secteur pourtant considéré comme un moteur de l'agro-industrie.

Pour rééquilibrer le marché, l'État et les acteurs privés multiplient les initiatives. En effet, le gouvernement a lancé un plan de relance de 21,7 milliards de FCFA pour la période 2024-2026. Ce programme vise à moderniser les outils de production et à soutenir les planteurs villageois par la subvention d'agro-industries de première transformation telles que la Cameroon Development Corporation (CDC), Socapalm et Pamol. Le plan prévoit également l'amélioration de 5 000 hectares de plantations et l'équipement de coopératives avec 35 pressoirs modernes. En parallèle, le secteur privé s'engage avec des projets d'envergure. À Douala, la Société de Raffinage du Cameroun (Sorac), filiale du groupe Nasco, a annoncé la mise en service d'un nouveau complexe industriel. Avec un investissement de 25 milliards de FCFA, cette usine, qui bénéficie d'un partenariat avec l'Agence de Promotion des Investissements (API), aura une capacité de production annuelle de 100 000 tonnes d'huile raffinée et 70 000 tonnes de savon. Cet ajout renforce un tissu industriel déjà constitué d'opérateurs majeurs comme Oléo, Mayor, Diamaor, Safacam et Pamol.

Toutefois, pour que ces investissements se traduisent par une production de long terme, les industriels, regroupés au sein de l'ASROC, soulignent une difficulté majeure : l'accès au foncier. Ils plaident pour une politique foncière plus souple, la considérant comme une condition essentielle pour permettre aux entreprises d'étendre leurs plantations et d'atteindre l'autonomie nationale, à l'image des succès observés chez certains voisins.


BCN

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