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Filière bois : Les exportations camerounaises dégringolent de 17 % au premier semestre 2025

Dernière mise à jours il y'a 13 heures

Le bois, jadis moteur infatigable de la balance commerciale, s'enfonce dans une zone de turbulences. Avec des recettes d'exportation plafonnant à 100,3 milliards de FCFA au premier semestre 2025, contre 120,6 milliards un an plus tôt, la filière encaisse un choc de 16,8 %.

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 Cela illustre le signal d'un essoufflement systémique où la baisse drastique de la production interne, estimée à plus de 23 %, entre en collision frontale avec une frilosité sans précédent des places financières chinoises et européennes. Dans les ports de Douala et Kribi, les parcs à bois témoignent d'une industrie à la croisée des chemins, prise entre l'étau d'une fiscalité dissuasive et un environnement international en pleine déprime immobilière.

Le désengagement est visible sur tous les segments de la chaîne de valeur. Les grumes, autrefois pièces maîtresses des expéditions, ont vu leurs recettes fondre pour s'établir à 21,8 milliards de FCFA. Même le bois scié, pilier de la transformation primaire, n'échappe pas à la saignée avec une chute de 16 %, ramenant ses gains à 71,1 milliards de FCFA. Ce décrochage s'explique par un effet ciseau dévastateur : alors que la Chine ralentit ses chantiers urbains et que l'Europe durcit ses critères d'importation, les coûts opérationnels au Cameroun s'envolent. Ce phénomène de "décrochage prix-volume", déjà amorcé en 2024, réduit désormais la contribution de la forêt aux exportations nationales à seulement 7,6 %, contre près de 10 % il y a encore deux ans.

Au-delà de la conjoncture, c'est le "bras de fer" fiscal entre l'État et les exploitants qui redessinent la carte du secteur. En vue de l'interdiction totale de l'exportation des grumes dans l'espace CEMAC, Yaoundé a actionné un levier fiscal impitoyable. Les droits de sortie sur les billes de bois ont subi une inflation vertigineuse de 329 % en moins de dix ans, atteignant 75 % de la valeur FOB en 2024. Cette stratégie de coercition économique vise à forcer le passage vers une transformation locale plus poussée. Cependant, force est de constater que l'outil industriel national peine encore à absorber les volumes non exportés, créant un surplus invendu qui pèse sur la rentabilité des entreprises forestières et décourage l'investissement dans de nouvelles concessions.

L'exclusion du Cameroun de l'Accord de partenariat avec l'Union européenne a ajouté une couche de complexité à cette crise, privant certains exportateurs de circuits préférentiels. Le défi du gouvernement sera de transformer cette chute des revenus en une opportunité de montée en gamme. La survie de la filière ne passera plus par le volume brut, mais par la capacité des scieries locales à produire des produits finis  (meubles, parquets, contreplaqués) capables de s'imposer sur le marché africain via la ZLECAF. Pour l'heure, les 100,3 milliards de FCFA du premier semestre 2025 résonnent comme un avertissement car sans une accélération massive de l'industrialisation, le patrimoine forestier risque de voir sa valeur économique s'évaporer avant même que la transition écologique ne soit achevée.


Bernardo

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