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Agro-alimentaire : L’absence de matière première entrave le succès du soja « Made in Cameroon »

Dernière mise à jours il y'a 15 heures

Avec une production nationale qui s'est effondrée de 41 % en deux ans pour stagner sous la barre des 77 000 tonnes, le décalage avec une demande industrielle de 150 000 tonnes crée un appel d'air dangereux. Pour les champions de l'import-substitution, l'heure n'est plus à la célébration des investissements, mais à la gestion d'une crise de l'offre qui fait bondir le prix du kilogramme de 380 à 580 FCFA, menaçant par ricochet l'équilibre financier de toute la filière avicole.

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Le paysage industriel, pourtant, affiche une résilience de façade avec des investissements dépassant les 20 milliards de FCFA. Des acteurs majeurs comme Soproicam, portée par Raymond Ndiffo, ou encore Safrip et Agrivar, disposent de capacités de traitement cumulées dépassant les 750 tonnes par jour. De nouveaux entrants, à l'instar de Magnum Industry et SOD, sont venus étoffer ce parc de machines en 2025-2026, attirés par la demande insatiable de la classe moyenne en viande blanche et en huiles raffinées (Aya Oil, Oilio). Cependant, cette « bulle industrielle » tourne à vide ou s'alimente au prix fort sur le marché mondial. Selon l'analyse de Fonin Capital Advisory, la dépendance aux fèves brésiliennes ou argentines expose les raffineurs camerounais à une volatilité des cours que la faible production locale ne parvient plus à tempérer.

Au cœur du problème, les rendements agricoles s'étiolent. L’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad) pointe du doigt une pluviométrie erratique et des inondations dévastatrices dans le Septentrion, qui concentre 75 % de l'offre nationale. Le rendement moyen a chuté à 1,2 tonne par hectare, bien loin du potentiel de 2,3 tonnes observé en 2020 et à des années-lumière de la moyenne mondiale (3,5 t/ha). Ce décrochage agronomique, couplé à des conflits fonciers et à une flambée du coût des intrants, vide les plantations au profit des usines qui captent la moindre graine disponible, privant parfois les marchés locaux de cette protéine essentielle.

Le Plan triennal Intégré d’Import-Substitution (PIISAH) joue son va-tout. L'État tente d'injecter des subventions pour inverser la courbe des rendements, mais le défi reste structurel. Sans une mécanisation urgente et une sécurisation des bassins de production contre les aléas climatiques, le soja « Made in Cameroon » restera un concept marketing adossé à une réalité d'importation. La souveraineté alimentaire ne se décrète pas dans les bureaux des banques d'investissement à Douala ; elle se gagne désormais dans les sillons de l'Adamaoua et du Nord, là où la terre doit enfin répondre aux ambitions démesurées de l'industrie.


BCN

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