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Data center : L’Afrique à la traîne...

Dernière mise à jours il y'a 3 mois

Les défis de l'énergie et de la gouvernance ralentissent l'essor numérique du continent

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L'Afrique est une terre de promesses pour l'hébergement de données. Porté par une numérisation accélérée, le marché africain des centres de données devrait atteindre 12,63 milliards de dollars d'ici 2030, selon les projections de Statista. L'arrivée de nouveaux acteurs comme Raxio Group en Angola, avec un investissement de 30 millions de dollars, atteste de cet engouement.


 Pourtant, cet immense potentiel est freiné par des contraintes structurelles profondes, qui empêchent le continent de transformer sa capacité en fibre optique en véritable souveraineté numérique.


Actuellement, l'Afrique ne représente que moins de 2 % de l'offre mondiale de centres de données de colocation, avec une capacité largement concentrée en Afrique du Sud. Le continent aurait besoin d'environ 700 installations supplémentaires pour combler la demande. Les obstacles au déploiement de ces infrastructures sont multiples et varient fortement selon les pays. Le rapport de l’Africa Data Centres Association (ADCA), publié en juin 2025, met en lumière deux défis critiques pour les opérateurs. L'instabilité du réseau électrique est perçue comme un obstacle majeur, notamment au Nigeria et en Afrique du Sud. Cette faible fiabilité alourdit considérablement les coûts d'exploitation (OPEX), obligeant les opérateurs à recourir massivement à des générateurs diesel pour assurer l'alimentation ininterrompue, un facteur qui grève la durabilité environnementale des installations. Le manque de professionnels qualifiés est identifié comme le défi le plus pressant, compliquant la construction et la gestion technique de ces infrastructures hautement spécialisées. À ces difficultés s'ajoutent les coûts d'investissement initiaux (CAPEX) élevés requis pour construire des centres de données de haute qualité (Tier III ou IV), qui exigent des systèmes sophistiqués de refroidissement, d'alimentation et de connectivité.

Au-delà des infrastructures matérielles, la gouvernance constitue un frein déterminant. L'incertitude et les incohérences réglementaires augmentent la complexité des déploiements pour les investisseurs internationaux. L'absence d'un cadre réglementaire unifié entre les pays africains complique les exigences de conformité et érige des barrières à l’entrée. Les incohérences fiscales, la lourdeur des droits d’importation pour les équipements, et la complexité des procédures d’autorisation sont citées par Xalam Market comme des facteurs allongeant les cycles de déploiement et limitant l'expansion. Le manque de clarté dans les lois sur la protection et l'hébergement des données ajoute un niveau d'incertitude, notamment pour les secteurs sensibles comme les services financiers ou le secteur public. 

Face à ces défis, des solutions ciblées émergent. Pour l'enjeu énergétique, les opérateurs s'orientent vers des stratégies de durabilité : signature de contrats d'achat d'électricité (PPA) auprès de producteurs indépendants (souvent renouvelables), utilisation de centrales solaires sur site, et adoption de systèmes de refroidissement innovants (liquide ou libre) pour réduire la consommation.


Parallèlement, la mise en œuvre de réformes politiques est vitale. Des initiatives comme la "Stratégie nationale du haut débit" au Kenya ou les incitations fiscales en Égypte montrent la voie pour attirer les investisseurs et simplifier les procédures. Enfin, l'utilisation de centres de données modulaires préfabriqués est une méthode ingénieuse pour réduire les délais de déploiement et les coûts, tout en permettant une extension rapide à la demande. La résolution des contraintes structurelles de l'énergie et de la gouvernance est indispensable pour que l'Afrique puisse transformer sa capacité sous-marine en une véritable puissance d'hébergement et de traitement des données.


Bernardo

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