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Croissance économique : Le secteur financier en mal de repères

Dernière mise à jours il y'a 4 mois

Avec une croissance de 6,52 % entre 2019 et 2024, le secteur financier camerounais affiche une santé apparente.

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Pourtant, derrière ces chiffres positifs, se cache un paradoxe. Sa part dans l'économie nationale reste marginale, plafonnant à seulement 2 à 3 % du PIB. Cette déconnexion entre la sphère financière et l’économie productive soulève des questions essentielles sur la capacité du pays à transformer son épargne en investissement et à créer une richesse plus inclusive.

Malgré une croissance soutenue, la contribution du secteur financier au PIB reste marginale, ne représentant que 2 à 3 % de la richesse nationale, soit un volume de 3 571 milliards FCFA. Cette croissance est principalement quantitative, mais non structurante, peinant à initier une transformation économique de fond.

L’analyse de l’encours des crédits, qui a atteint 6 126 milliards FCFA en mars 2025, révèle un déséquilibre significatif. Plus de 22 % des crédits bancaires sont alloués aux particuliers, dont près de 16 % pour la consommation. À l’inverse, l’équipement industriel ne capte que 13,65 % des crédits, et les entreprises individuelles à peine 5 %. Les prêts à long terme, limités à 2,77 %, sont quasiment exclusivement dédiés à l’immobilier, alors que le crédit à moyen terme soutient majoritairement le commerce de biens importés.

Cette déconnexion s’explique par plusieurs facteurs. Le secteur financier camerounais souffre d'un manque d'audace, malgré des liquidités excédentaires s'élevant à 402 milliards FCFA. La prudence des banques, due en partie à la hausse des créances douteuses après les crises récentes, les rend réticentes à financer des projets industriels, jugés plus risqués.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que l'économie du pays demeure peu capable de s'autoalimenter. Le PIB a progressé de 3,5 % en 2024, un rythme porté avant tout par la consommation finale, tandis que l’investissement productif, bien qu’en hausse, dépend encore largement des dépenses publiques.

La comparaison régionale avec la Côte d'Ivoire est éclairante : le taux de bancarisation y atteint 32 % et près de 30 % des crédits sont alloués aux PME, grâce à des politiques ciblées et à la digitalisation. Au Cameroun, malgré la progression du mobile money qui couvre 40 % des adultes, la bancarisation stagne à 28 %, et la dynamique du paiement digital reste inégale, limitant son impact sur l’inclusion financière.

Pour atteindre l’objectif de croissance moyenne de 8 % fixé par la SND30, le Cameroun doit résoudre ce double défi : mobiliser l’épargne nationale vers l’investissement productif et élargir l’inclusion financière au-delà des grandes villes. Le secteur financier doit devenir plus audacieux et jouer pleinement son rôle de catalyseur dans le développement de l'économie réelle, notamment en soutenant les secteurs productifs et créateurs d'emplois, comme l’agro-industrie, aujourd’hui largement délaissée.


BERNARDO CARLOS NDJOMO

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