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Coton : La dépréciation du naira relance la filière

Dernière mise à jours il y'a 3 mois

Un phénomène monétaire transfrontalier est en train de modifier le paysage agricole au Cameroun. La dépréciation chronique du naira, la monnaie nigériane, est en effet devenue un facteur déterminant dans le retour des producteurs de coton vers les réseaux de commercialisation officiels, au bénéfice de la Société de développement du coton (Sodecoton).

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Cette situation est mise en lumière par une récente publication du ministère des Finances (Minfi), qui expose l'incidence de cette évolution monétaire sur les zones limitrophes. En quinze ans, entre 2010 et 2025, la valeur du naira face au franc CFA (XAF) a subi une chute libre de près de 90 %, passant d'un taux d'environ 3,29 FCFA à seulement 0,39 FCFA. Ce recul vertigineux, accentué par une nouvelle dévaluation de 40 % en 2024, résulte des tentatives du Nigeria de libéraliser son régime de change.

L’affaiblissement du naira engendre des conséquences nuancées pour l'économie camerounaise. D’une part, il favorise l'entrée massive de produits nigérians à des coûts très réduits sur les marchés frontaliers. Le rapport du Minfi indique notamment que cette faiblesse du naira a tempéré la flambée des prix du carburant de contrebande, communément appelé zoua-zoua, après la suppression des subventions par Abuja. D’autre part, et c'est le point le plus favorable pour le secteur agricole, la dynamique a inversé la tendance de la contrebande du coton. Traditionnellement, les cultivateurs camerounais préféraient écouler une partie de leur récolte au Nigeria, où les prix proposés semblaient plus rémunérateurs en monnaie locale. Cependant, l’appréciation du FCFA par rapport au naira a rendu les transactions illicites de coton vers le marché nigérian nettement moins lucratives.

Ce changement de parité monétaire a incité une frange significative de producteurs à réintégrer le dispositif d’achat structuré de la Sodecoton. Pour l'entreprise publique, qui joue un rôle pivot dans la filière, cette évolution est une aubaine puisqu'elle lui permet de mieux encadrer la culture, de réduire les fuites commerciales, et par conséquent de limiter ses pertes financières. En facilitant le retour au formalisme, la dépréciation du naira agit comme un catalyseur pour la reprise du secteur. Les projections de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) reflètent cette embellie : la production de coton graine du Cameroun pourrait atteindre 350 100 tonnes en 2025. Il est à noter que, malgré l'instabilité du naira et la persistance des déséquilibres, le déficit commercial du Cameroun avec le Nigeria a connu une nette atténuation ces dernières années. Cette amélioration est attribuée principalement à la diminution des importations de pétrole brut, une conséquence directe de l'interruption des opérations de la Sonara après l'incident de 2019. En somme, l'instabilité monétaire du voisin ouest-africain offre au Cameroun une occasion unique de consolider sa chaîne de valeur cotonnière et d'assurer une meilleure gestion des récoltes par la Sodecoton.


Bernardo

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