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Commerce : Les États-Unis accordent un sursis de 12 mois à l'AGOA

Dernière mise à jours il y'a 2 jours

Après quatre mois de vide juridique, le président Donald Trump a promulgué, le 3 février, la prorogation de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA). Ce renouvellement jusqu’à fin 2026, assorti d'un effet rétroactif, n’est toutefois pas un blanc-seing : il marque le début d'une refonte profonde du logiciel commercial entre les États-Unis et l'Afrique subsaharienne.

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L’incertitude qui paralysait les exportateurs africains depuis l'expiration du programme, le 1er octobre 2025, est levée. Mais le soulagement est de courte durée. En limitant la reconduction à une seule année contre les trois ans initialement votés par la Chambre des représentants, le Sénat et la Maison-Blanche imposent un calendrier serré pour une mutation radicale du dispositif. L’objectif affiché par l’administration Trump est d’aligner ce régime de préférences, vieux de 25 ans, sur la doctrine « America First ».

Le représentant au Commerce (USTR), Jamieson Greer, a été explicite : le programme ne sera plus une voie à sens unique. Si l'AGOA permettait historiquement l'accès en franchise de droits de douane pour plus de 6 800 produits africains, la nouvelle mouture exigera une ouverture symétrique des marchés du continent. « L'AGOA du XXIe siècle doit offrir un meilleur accès aux entreprises, aux agriculteurs et aux éleveurs américains », a martelé M. Greer. Cette révision intervient dans un contexte de durcissement tarifaire global de la part de Washington. Désormais, le maintien de l’éligibilité ne dépendra plus seulement de critères de gouvernance ou de lutte contre la pauvreté, mais de la capacité des partenaires africains à absorber les produits « Made in USA ».

Au-delà des aspects techniques, l'AGOA devient un instrument de pression géopolitique. L’Afrique du Sud, locomotive économique du continent, se trouve aujourd'hui sur la sellette. Les griefs de la Maison-Blanche à l'égard de Pretoria sont multiples et virulents. Donald Trump, qui avait boycotté le sommet du G20 à Johannesburg en novembre 2025, a déjà exclu le pays du prochain sommet prévu à Miami en 2026. Washington reproche notamment à la nation arc-en-ciel ses manœuvres navales conjointes avec la Chine, la Russie et l'Iran, perçues comme une provocation stratégique. À ces tensions diplomatiques s'ajoutent des accusations de persécution contre les minorités blanches, un sujet particulièrement sensible pour l'électorat du président républicain. Le maintien de l'Afrique du Sud dans le programme au-delà de 2026 semble donc plus que compromis.

Pour les autres capitales africaines, l'année 2026 fera figure de laboratoire. Elles devront naviguer entre l'opportunité de conserver un accès privilégié au premier marché mondial et la nécessité de protéger leurs propres économies naissantes face à l'offensive commerciale américaine. Ce sursis de douze mois est, en réalité, une mise en demeure. Les États-Unis ne cherchent plus seulement des alliés au développement, mais des partenaires commerciaux « loyaux » selon leurs propres standards. La renégociation qui s'ouvre au Congrès dans les prochains jours déterminera si l'AGOA restera un pont entre les deux rives de l'Atlantique ou s'il deviendra le vestige d'une époque révolue de l'unilatéralisme bienveillant.


BCN

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