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Accès à internet : L'Afrique face au défi de la gouvernance des infrastructures numériques

Dernière mise à jours il y'a 3 mois

Le continent est à la fois l'une des régions du monde affichant la croissance la plus dynamique en matière de bande passante Internet internationale et celle où la fracture numérique interne reste la plus préoccupante. Avec 77 systèmes de câbles sous-marins actifs ou en construction recensés début 2025, le continent est désormais relié au monde comme jamais auparavant. Pourtant, cette abondance de liaisons optiques se heurte à un paradoxe persistant : la difficulté à diffuser le haut débit des côtes vers l’intérieur des terres.

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En l'espace de deux décennies, l'Afrique est passée d'une dépendance coûteuse aux satellites (l’ère du SAT-3/SAFE activé en 2001 étant considérée comme le point de départ du haut débit) à une multiplication de géants de la fibre. De 2021 à 2025, la bande passante internationale du continent a connu un taux d'expansion annuel composé de 38 %, un rythme rapide qui dépasse toutes les autres régions du globe, selon TeleGeography. Cette capacité impressionnante, atteignant 1 835 Térabits par seconde (Tbps) début 2025, a entraîné une baisse du coût de transit IP. Néanmoins, l'atterrissage d'un câble sur une plage ne garantit pas la connectivité effective pour les populations. La « fracture des fibres » se manifeste par un maillage intérieur insuffisant. En 2024, moins d'un Africain sur 100 était abonné à l’Internet fixe, et seulement 30 % de la population vivait à moins de 10 km d’un nœud de fibre. L'Afrique est loin de la moyenne mondiale, qui compte 18 abonnements pour 100 habitants.

Le principal défi réside dans l’insuffisance des réseaux terrestres (ou backbones) et des réseaux urbains qui seuls peuvent transformer l'autoroute de données sous-marine en un service accessible à tous. Les pays sans littoral (hinterland) restent tributaires de projets de dorsales régionales (comme le Central African Backbone ou le WARCIP en Afrique de l'Ouest) qui ont souvent subi des retards et des performances inégales. En novembre 2024, l'Union africaine des télécommunications (ATU) dénombrait un total de 2 130 506 km de réseaux terrestres à fibre optique opérationnels sur l'ensemble du continent. C'est peu au regard des 30 millions de kilomètres carrés de superficie. L'essentiel des nouveaux projets comme Equiano (Google) ou 2Africa (Meta, Orange, MTN, etc.) est désormais mené par des acteurs privés étrangers, soulevant des questions sur la souveraineté numérique du continent. Des acteurs comme le chinois PEACE soulignent aussi les rivalités géopolitiques dans ce secteur déterminant.


L’enjeu prioritaire pour les années à venir n'est plus la pose de nouveaux câbles au large, mais bien de prolonger la fibre vers l'intérieur du continent. Cela requiert un recalibrage de la gouvernance des infrastructures numériques. L'intégration de la capacité sous-marine au "dernier kilomètre" est la clé qui permettra à cette révolution de la fibre optique de tenir sa promesse de gains en productivité, en éducation et en inclusion numérique pour le plus grand nombre.


Ndjomo Carlos

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