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Sécurité sanitaire : L'Afrique a besoin de 6 millions de personnels de santé supplémentaires d'ici 2030

Dernière mise à jours il y'a 14 heures

Pour atteindre la couverture santé universelle et répondre aux besoins essentiels de sa population, le continent doit impérativement recruter.

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Ce cri d'alarme, lancé par l'Africa CDC dans son rapport « African Health Workforce Compact » publié fin janvier 2026, souligne une réalité budgétaire difficile : à ce jour, seuls le Rwanda, le Botswana et le Cap-Vert respectent l'engagement d'Abuja de consacrer 15 % de leur budget national à la santé.

L'ampleur du défi se mesure également à travers l'hémorragie financière causée par le tourisme médical. Faute de confiance dans les systèmes locaux, les Africains ont dépensé environ 2 400 milliards de dollars pour des soins à l'étranger, une perte colossale qui pourrait être réinvestie dans les infrastructures domestiques. Face à ce constat, l'Africa CDC propose de ne plus considérer la santé comme une charge, mais comme un investissement productif. Pour s'aligner sur l'Agenda 2063 de l'Union africaine, l'institution a modélisé trois scénarios de financement. Le premier, le statu quo, nécessiterait 5 000 milliards de dollars d'ici 2063. Le deuxième, visant 70 % de couverture, monterait à 14 900 milliards, tandis que le scénario le plus ambitieux pour une couverture totale exigerait une enveloppe de 20 000 milliards de dollars.

La réussite de ces ambitions repose sur une gestion rigoureuse des parcours de formation. Le rapport intègre une donnée souvent négligée : les taux d'échec et d'abandon, avec seulement 74,7 % de réussite pour les médecins et 82,6 % pour les infirmiers. Pour atteindre les effectifs cibles, les États devront donc sur-admettre des étudiants afin de compenser ces sorties prématurées. Mais former ne suffit pas ; il faut retenir. L'exode des talents reste une plaie ouverte : dans certains pays comme le Ghana ou le Kenya, plus de 40 % des soignants déclarent avoir l'intention d'émigrer. Le coût monétisé de cette fuite des cerveaux pourrait atteindre 1 400 milliards de dollars d'ici 2063 si rien n'est fait pour améliorer les conditions de travail et les rémunérations.

Pourtant, le retour sur investissement est spectaculaire. Selon les projections, chaque dollar investi dans le personnel de santé pourrait rapporter jusqu'à 19,4 dollars en bénéfices monétisés grâce aux décès évités et à l'augmentation de la productivité économique. En atteignant le scénario ambitieux, les gains pour le continent pourraient s'élever à 410 000 milliards de dollars d'ici 2063. Ce dossier place les dirigeants africains devant un véritable test de souveraineté : sans un financement national robuste et des politiques de rétention crédibles, l'effort de formation du continent continuera de subventionner involontairement les systèmes de santé des pays les plus riches.


Ndjomo Carlos

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