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Déforestation : Le Cameroun a perdu 782 800 hectares de forêts

Dernière mise à jours il y'a 12 heures

Alors que Yaoundé accueillait, les 28 et 29 janvier 2026, un sommet de crise sur le Règlement de l'Union européenne contre la déforestation (RDUE), le verdict cartographique est tombé comme un couperet : 782 797 hectares de massifs forestiers se sont évaporés depuis 2020.

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Ce chiffre, issu du rapport « Cameroon on the brink » de l’ONG Mighty Earth, représente une amputation de 4,2 % du couvert national. Derrière cette hémorragie verte, une coupable idéale est désignée : la fève de cacao. Entre la nécessité de doper les exportations et l'exigence de traçabilité imposée par Bruxelles pour fin 2026, le pays se retrouve sur une ligne de crête. L’enjeu n'est plus seulement écologique, il est désormais existentiel pour des milliers de petits planteurs dont l'accès au marché européen ne tient plus qu'à une preuve satellite de leur innocence environnementale.

La dynamique de cette dégradation révèle un cycle d'occupation des sols complexe et dévastateur. Selon les données satellitaires RADD, l'exploitation forestière industrielle ouvre souvent la voie, agissant comme un éclaireur pour une agriculture de subsistance et de rente qui s'installe dans les brèches. À Ntui, dans le Grand Mbam, les études de terrain présentées lors de l'atelier de Yaoundé sont édifiantes : sur une décennie, l'extension des cacaoyères a dévoré 4 600 hectares, dont 64 % se situaient dans des zones pourtant classées. Cette pression foncière, alimentée par la faiblesse des revenus agricoles, pousse les producteurs à chercher la fertilité des sols vierges, transformant l'or brun en un moteur de conversion des terres au même titre que le palmier à huile ou le caoutchouc.

Face à cette menace, le Cameroun tente de structurer sa riposte pour ne pas se voir banni des ports européens. Le report de l'application du RDUE à la fin de l'année 2026 offre un sursis inespéré que le gouvernement compte mettre à profit pour densifier sa "Feuille de route pour un cacao sans déforestation". L'heure est à la cartographie systématique des parcelles et au renforcement de la traçabilité numérique. Des initiatives de durabilité, soutenues par des partenaires internationaux, visent à géolocaliser chaque exploitation pour garantir que le cacao embarqué à Kribi ou Douala ne provient pas de zones déboisées après le verrou temporel de 2020. Ce basculement vers une agriculture "propre" impose cependant un défi technique colossal aux coopératives locales, souvent dépourvues d'outils de haute précision.

Si le pays dispose de cadres institutionnels solides, la réalité du terrain montre que la déforestation reste une soupape de sécurité économique pour des populations rurales précarisées. Pour que les engagements de 2021 ne restent pas des parchemins sans effet, la lutte contre la perte du couvert forestier devra passer par une revalorisation du prix payé au producteur, seul levier capable de freiner la course vers les nouvelles terres.


BCN

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bernardo carlos ndjomo
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