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Commerce transfrontalier informel : La Frontière Cameroun-Guinée Équatoriale déborde

Dernière mise à jours il y'a 3 mois

Le phénomène du commerce parallèle à la frontière sud du Cameroun prend de l'ampleur, principalement sous l'impulsion des produits de consommation en provenance de la Guinée Équatoriale. Selon les chiffres publiés par l'Institut National de la Statistique (INS), le volume des importations non enregistrées a connu une croissance de 13,7 % en 2024, atteignant 10,4 milliards de FCFA. Ce montant représente 3,9 % de l’ensemble du commerce informel avec les pays voisins.

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Ces flux, majoritairement canalisés par la région frontalière du Sud, révèlent une dépendance croissante du marché camerounais aux produits écoulés via des circuits non officiels.La dynamique de ces importations est polarisée par le secteur des boissons et des produits alimentaires bon marché. Les bières de malt conservent une position prépondérante, concentrant 24,3 % de l’offre guinéenne et affichant une augmentation des volumes de +56,4 % sur un an. Un bond plus spectaculaire est observé pour les eaux minérales, qui connaissent un accroissement exceptionnel de +181,9 %, et pèsent désormais 19,2 % du total des flux. De nouvelles catégories font également leur apparition, telles que les sucreries sans cacao, qui se sont rapidement adjugé 13,4 % du marché non déclaré.

Cette croissance s'explique en partie par la pression fiscale plus faible ou les structures de coûts des produits dans le pays voisin, permettant aux marchandises d'entrer au Cameroun à des prix défiant toute concurrence pour le consommateur final. Ce différentiel de prix encourage le recours aux réseaux de contrebande, malgré les risques. À l'inverse, certains segments montrent des signes de tension. Le commerce informel des spiritueux, comme le whisky, recule face à la concurrence des importations nigérianes qui dominent ce segment, y compris dans les circuits parallèles. Fait notable, les carburants, souvent centraux dans le commerce informel sous-régional, ne représentent qu'une fraction marginale (1,4 %) des échanges sur cet axe particulier. Les conséquences sur la structure des échanges sont visibles. Après avoir connu des excédents par le passé, la balance commerciale informelle avec la Guinée Équatoriale est désormais déficitaire pour le Cameroun, signalant une infiltration accrue des produits guinéens sur le territoire.

Côté camerounais, les exportations informelles vers la Guinée Équatoriale reposent encore sur des produits manufacturés et agroalimentaires, avec une performance contrastée. Chaussures et ciment demeurent les produits leaders, représentant respectivement 11,9 % (1,18 milliard FCFA) et 11,2 % (1,12 milliard FCFA) des exportations non déclarées. Si le ciment maintient sa stabilité, les ventes de chaussures enregistrent une chute sensible de 42 %. Une diversification, encore modeste, s'opère dans les produits agricoles. Les ventes d'animaux vivants (ovins et caprins) ont augmenté de +1 867 % et les arachides de +205,3 %. Ces hausses, bien que sur des volumes modestes, suggèrent une réorientation de l'offre camerounaise pour satisfaire la demande alimentaire de l'autre côté de la frontière. L'expansion du commerce parallèle des boissons pose un sérieux problème de concurrence déloyale pour l'industrie brassicole et les producteurs d'eaux minérales du Cameroun, qui sont assujettis à l'ensemble des régulations et des charges fiscales.

Plus globalement, le développement de ces circuits illustre les défis persistants de l'environnement des affaires à savoir  des procédures de formalisation complexes, une pression fiscale perçue comme élevée, et un manque d'efficacité dans l'application des réglementations aux frontières créent un terrain fertile pour l'économie souterraine. Pour l'État, il devient essentiel de mettre en place une stratégie permettant de réintégrer ces flux dans le circuit formel afin de sécuriser ses recettes publiques et de protéger les industries qui opèrent dans la légalité.


Bernardo

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