Actu Eco » Politiques Publiques

Société de recouvrement des créances : Un bail problématique

Dernière mise à jours il y'a 3 semaine

La Société de Recouvrement des Créances (SRC) est au cœur d'une tempête judiciaire. Un audit de la Chambre des comptes de la Cour suprême révèle que l'entreprise publique débourse 540 millions de FCFA par an pour son siège de Bastos, un loyer jugé « ruineux » qui engloutit un tiers de ses revenus.

Lire aussi : Tchad : La sécurisation du Data Center national confiée à l'expertise marocaine

L'institution censée sécuriser les créances de l'État camerounais est elle-même accusée de dilapider les deniers publics. Dans un rapport d'audit sans concession couvrant la période 2018-2022, la Chambre des comptes a mis à nu la gestion immobilière de la Société de Recouvrement des Créances (SRC). Au centre de l'indignation des magistrats : un bail de 45 millions de FCFA par mois pour un immeuble situé dans le quartier huppé de Bastos à Yaoundé.

Le coût total du contrat, courant sur cinq ans, s'élève à 2,7 milliards de FCFA. Pour la Chambre des comptes, cette dépense est d'autant plus inacceptable qu'elle est assortie de clauses de résiliation particulièrement contraignantes, liant la SRC à une dépense rigide malgré ses difficultés financières. Le poids de ce loyer est jugé « disproportionné » : avec 540 millions de FCFA par an, la charge immobilière absorbe près du tiers du produit global d’exploitation de l’entité (1,8 milliard de FCFA en 2022). Les magistrats s'interrogent sur le choix des dirigeants d'avoir quitté l'ancien siège du centre-ville (qui appartenait à l’État) pour cette location privée coûteuse au lieu d'investir dans un patrimoine propre.

L'audit lie directement ce train de vie somptuaire à la dégradation de la santé financière de l'entreprise. La SRC affiche des déficits de plus de 2 milliards de FCFA cumulés sur les exercices 2018, 2020 et 2022. Pour masquer ces pertes, le rapport pointe des « reports irréguliers de charges de fonctionnement » sur les comptes de liquidation, une pratique comptable contestée par les magistrats. Au-delà de la dérive immobilière, la gestion de la Directrice Générale, Marie-Rose Messi, en poste depuis 2013, fait l'objet de critiques sévères. Les griefs formulés par la Chambre des comptes dessinent un tableau sombre de la gouvernance interne, incluant l'octroi d'avantages indus aux dirigeants et le non-reversement de l'intégralité des sommes recouvrées dans les caisses de l'État. Plus grave encore, l'audit souligne une surévaluation systématique du montant des créances restant à recouvrer, une manœuvre destinée, selon les magistrats, à embellir artificiellement le bilan de la société.


La conclusion de la Chambre des comptes est sans appel : en optant pour une telle opération locative, les organes dirigeants ont entraîné la SRC dans une « opération manifestement ruineuse ». Ce dossier jette une lumière crue sur les dérives de gouvernance au sein de certaines entités publiques camerounaises. Dans un contexte de tension budgétaire nationale, l'épinglage de la SRC sonne comme une exigence de reddition de comptes. Pour les magistrats, l'urgence est désormais de mettre fin à ce qu'ils qualifient de pressions inutiles sur les ressources de l'État, au profit d'une gestion axée sur la performance réelle et l'économie de la dépense.


BCN

bernardo2
bernardo carlos ndjomo
21 0

Commentaire(s) du post

Nous sommes ravis que vous souhaitiez laisser un commentaire sur notre site. Pour nous aider à maintenir un environnement respectueux et constructif, nous vous invitons à fournir votre nom, prénom et adresse e-mail. Cela permettra également de créer une communauté engagée et authentique. Nous apprécions votre contribution et nous avons hâte de lire votre commentaire. Merci d'avance!

Africa First Club

Inscrivez vous à notre Newsletter

© Africa First Club. All Rights Reserved. Design by Brice eyebe