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AGRICULTURE : L’arachide camerounais étouffe et vaut de l'or

Dernière mise à jours il y'a 7 mois

La sécurité alimentaire est menacée suite à une hausse vertigineuse des prix, à la raréfaction des semences saines, aux ravages des charançons et aux effets du changement climatique. Les cultivateurs d’arachide du Cameroun, notamment dans le Mbam et Inoubou, sont au bord du découragement.

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À Bokito, à 145 km de Yaoundé, les cultivateurs peinent à semer les arachides dans les champs, pourtant labourés depuis des semaines. La raison : l’absence de semences viables. « Le prix a quintuplé et j’espérais une baisse. Mais il n’a fait qu’augmenter », confie un agriculteur qui ne sait plus à quel saint se vouer. Dépourvu de moyens, il s’est résolu à acheter cinq kilogrammes d’une variété en provenance du Noun, dans l’Ouest, espérant sauver une partie de sa saison. Comme lui, de nombreux paysans du Mbam et Inoubou voient leur culture d’arachide compromise, non seulement par l’inflation, mais aussi par l’incapacité à conserver efficacement leurs propres semences. Depuis plus d’une décennie, ces insectes ravagent les réserves d’arachide dans les ménages, compromettant la survie de la graine entre deux saisons. Les producteurs, aspergent des fongicides, allument des feux sous les greniers, en vain. « J’ai perdu 90 % de mes 50 kg malgré deux traitements », raconte une autre agricultrice la nommée maman Jeanne.


Le phénomène reste peu étudié, mais pour Maurine Kenne Yeffou Ngoula, ingénieure agronome, les causes sont multiples : « La déforestation, combinée à des températures élevées, favorise le développement des charançons. Ils pondent leurs œufs dans les gousses dès le champ. Une fois stockées, les larves se réveillent avec la chaleur et dévastent les stocks. » Les espèces les plus nuisibles, Caryedom serratus et Tribolium castaneum, se développent rapidement. Non seulement elles réduisent le volume de graines, mais elles contaminent aussi celles-ci avec des excréments et des toxines, les rendant potentiellement dangereuses pour la consommation humaine.


Le climat joue désormais un rôle central dans l’aggravation de la situation. Dans la région de Bokito, les températures atteignent des niveaux inédits. Ghislain Messina Eteme, délégué local du ministère de l’Agriculture, alerte : « Cette chaleur compromet la germination, réduit la formation des gousses et abaisse les rendements. » À ces stress thermiques s’ajoutent des maladies fongiques et bactériennes telles que la rosette, les tâches foliaires et la rouille. Les agriculteurs sont appelés à adopter des pratiques de lutte culturale, comme la rotation des cultures et la destruction des plants infectés, ainsi que des techniques post-récolte pour sécher et stocker les graines dans des conditions saines.


Au-delà de sa valeur nutritionnelle (graines grillées, repas, huile) l’arachide incarne un héritage culturel fort. Dans le Mbam, la variété locale dite « arachide Bafia », fine et peu grasse, est prisée et constitue un véritable label identitaire. Mais si rien n’est fait, ce symbole pourrait s’effacer. La crise actuelle est un signal d’alarme. Il appelle à une mobilisation urgente des pouvoirs publics, chercheurs, et partenaires agricoles pour sauver une culture vitale du Cameroun rural. Face à la menace, les méthodes préventives et curatives existent. Il est conseillé de privilégier les greniers secs, ventilés, et d’utiliser des bio-insectifuges à base de plantes, jugés plus sûrs pour la santé. Toutefois, les produits chimiques restent majoritairement utilisés, au risque d’intoxications, faute d’alternatives abordables et accessibles. 


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bernardo carlos ndjomo
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